Edith Brou Bleu

Pionnière du Numérique en Côte d’Ivoire : 15 Ans d’Expérience, 3 Leçons Essentielles

Quand j’ai commencé à travailler dans le numérique en 2009, personne n’utilisait le mot « pionnière » pour me décrire. C’était simplement une fille de Côte d’Ivoire qui trouvait la technologie fascinante et qui voulait en faire quelque chose.

Aujourd’hui, après 15 ans dans ce domaine – fondatrice de médias, chroniqueuse, conférencière internationale, trois fois nommée parmi les 100 femmes africaines les plus influentes – je regarde en arrière et je vois non pas une trajectoire linéaire, mais une série de virages, d’apprentissages et de moments où j’aurais pu abandonner.

Je veux partager avec vous ce que ces 15 années m’ont vraiment enseigné. Pas pour me vanter. Mais parce que si vous essayez de construire quelque chose dans le numérique en Afrique – que vous soyez entrepreneur, créateur de contenu, développeur ou communicant – je veux que vous sachiez que c’est possible. Et que les obstacles que vous rencontrez, moi aussi je les ai rencontrés.

Leçon 1 : Votre Légitimité Ne Vient Pas d’Un Diplôme

En 2009, quand j’ai cofondé Akendewa avec Jean-Patrick Ehouman, nous n’avions pas d’argent. Nous n’avions pas de bureau. Nous n’avions pas même un plan d’affaires très clair – juste une conviction que la technologie pouvait transformer l’Afrique.

J’avais un Bac D et une licence en sciences économiques et gestion. Ce n’était pas un diplôme « tech ». Et pendant longtemps, j’ai pensé que c’était un problème.

Edith Brou sur les bancs de la Fac de Sciences Economiques de l’université Felix Houphouet Boigny de Cocody Abidjan – 2005

Les gens me demandaient : « Mais tu as un diplôme en informatique ? » Non. « Tu as suivi une formation en communication numérique ? » Non.

Ce que j’avais, c’était de la curiosité, du travail et de la visibilité. J’ai lu, j’ai expérimenté, j’ai fait des erreurs en public. Et peu à peu, les gens m’ont reconnue comme quelqu’un qui comprenait ce domaine – pas parce qu’un certificat me l’avait dit, mais parce que j’avais agi dans ce domaine pendant des années.

La vraie légitimité se construit en faisant. Pas en attendant d’avoir les bonnes certifications, le bon titre, le bon cv. Les gens reconnaissent l’expertise quand ils la voient en action. Si vous attendez d’être « qualifié » selon les critères traditionnels avant de commencer, vous attendrez longtemps.

Commencez maintenant. Écrivez. Créez. Lancez. Construisez votre légitimité en travaillant.

Leçon 2 : La Visibilité Que Vous Construisez Pour Vous-Même Est Plus Puissante Que Celle Qu’On Vous Donne

De 2012 à 2016, j’ai dirigé People Input Côte d’Ivoire comme digital manager. Notre équipe a créé et animé les réseaux sociaux d’Orange Côte d’Ivoire. C’était du travail solide, bien payé, et cela m’a donné une visibilité auprès des grandes entreprises.

Mais c’était aussi le travail de quelqu’un d’autre. Les résultats étaient bons, mais ce n’était pas ma création.

Quand j’ai lancé Kessiya.com en parallèle – mon propre média – j’ai compris la différence fondamentale. Soudain, tout ce que j’écrivais, c’était ma voix. Chaque article reflétait ma vision. Et oui, j’avais moins de budget, moins de ressources, moins de visibilité immédiate.

Mais c’était mien.

La visibilité que vous construisez en travaillant pour d’autres est utile – elle vous ouvre des portes, elle vous enseigne, elle vous paie les factures. Mais la visibilité que vous construisez pour vos propres projets est celle qui vous rend irremplaçable. C’est celle qui crée une marque. C’est celle qui dure.

J’ai appris à équilibrer les deux : le travail « de jour » qui paie et vous expose, et le projet « de nuit » qui construit votre marque personnelle. La transition n’a pas été facile – c’était épuisant. Mais c’est ce qui m’a permis de passer de « la femme qui gère les réseaux sociaux d’Orange » à « Edith Brou Bleu, pionnière des médias numériques africains ».

Si vous travaillez pour quelqu’un d’autre, c’est bien. Mais ne mettez pas tout votre talent là-bas. Gardez une partie de vous pour votre projet.

Leçon 3 : Votre Réseau Est Votre Filet de Sécurité – Et On Le Construit Pas à Pas

En 2020, j’ai été invitée par l’ambassade américaine à suivre le programme IVLP (International Visitor Leadership Program) pendant trois semaines aux États-Unis. C’était une opportunité transformatrice – rencontrer des entrepreneurs sociaux du monde entier, découvrir les cultures, créer un réseau durable.

Mais comment l’ai-je obtenue ?

Pas par un concours. Pas par une application anonyme avec un jury qui évalue sur dossier. Par quelqu’un qui me connaissait et qui m’a recommandée. Quelqu’un qui avait suivi mon travail pendant des années et qui a pensé : « Edith devrait être là ».

De la même façon, en 2023, quand Huawei m’a invitée à Shanghai en tant que VIP pour découvrir leurs innovations 5G et 5.5G, c’est parce que mon travail et ma visibilité régionale avaient créé une réputation qui précédait ma candidature.

Les portes s’ouvrent pour ceux qu’on connaît et qu’on fait confiance. Pas pour ceux qui ont le meilleur CV. Pas pour ceux qui envoient le plus de candidatures. Ceux dont on a entendu parler.

Pendant 15 ans, je n’ai jamais refusé une invitation à parler, à écrire, à participer à un panel – même si le budget était faible, même si le public était petit, même si c’était loin de la ville. Parce que chaque fois, j’élargissais mon réseau. Chaque fois, quelqu’un en parlait à quelqu’un d’autre.

En compagnie d’Andréa Longa et Anah Coulibaly, dirigeantes du Réseau Abidjanaises In Tech lors des 10 ans de la French Tech Abidjan – 23 juin 2026

Et ce réseau m’a portée quand j’en avais besoin. Il m’a ouvert des portes que je n’aurais jamais pu ouvrir tout seul.

Si vous construisez quelque chose, investissez dans vos relations. Répondez aux emails. Acceptez les invitations. Recommandez d’autres talents. Soyez généreux avec votre temps et votre savoir. Le réseau que vous bâtissez aujourd’hui est celui qui vous ouvrira les portes demain – pas parce qu’on vous « doit » quelque chose, mais parce qu’on vous connaît et qu’on vous fait confiance.

Et Maintenant ?

Après 15 ans, je suis plus convaincue que jamais que l’Afrique a besoin de talents dans le numérique – créateurs, penseurs, bâtisseurs, qui comprennent le continent et ses défis.

Je vois une nouvelle génération d’entrepreneurs africains qui est plus courageuse, mieux connectée, et qui a des outils que je n’avais pas. Vous avez des modèles à suivre. Vous avez l’accès à l’information. Vous avez des communautés.

Ce que vous devez avoir, c’est de la détermination et la compréhension que les obstacles que vous rencontrez sont une partie du chemin, pas la fin du chemin.

Je prenais la parole en tant que marraine de ConnectIA, une formation gratuite en alternance dédiée à l’intelligence artificielle – 31 juillet 2026

Mes 15 ans dans ce domaine n’ont pas été parfaits. J’ai fait des erreurs. J’ai eu peur. J’ai douté de moi. J’ai voulu abandonner plusieurs fois.

Mais je n’ai jamais arrêté de bouger vers l’avant.

C’est tout ce qu’il vous faut pour commencer.

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